Niché au cœur de Saint-Pétersbourg, le Musée de l’Ermitage est l’un des plus grands et des plus prestigieux musées du monde. Avec plus de trois millions d’œuvres d’art, il attire des millions de visiteurs chaque année. Mais au-delà de ses somptueuses galeries et de ses trésors artistiques, l’Ermitage abrite un secret bien gardé : une colonie de chats qui, depuis des siècles, jouent un rôle essentiel dans la préservation de ce patrimoine culturel. Ces félins, à la fois mystérieux et adorables, sont bien plus que de simples résidents ; ils sont les gardiens silencieux du musée.
Une tradition ancestrale
L’histoire des chats de l’Ermitage débute en 1745, lorsque l’impératrice Élisabeth Ire, fille de Pierre le Grand, ordonne d’introduire des chats dans le Palais d’Hiver pour lutter contre une invasion de rats qui menaçait les intérieurs somptueux de la résidence impériale. Elle fait venir spécialement de la ville de Kazan, réputée pour ses chats chasseurs, les premiers félins qui s’installeront dans le palais.
Catherine II, qui transformera plus tard le Palais d’Hiver en musée de l’Ermitage en 1764, accorde aux chats le statut officiel de « gardiens des galeries d’art ». Cette tradition singulière ne s’est jamais interrompue, les différentes générations de chats du musée de l’Ermitage ont traversé les plus grandes crises du pays, allant de la Révolution bolchévique de 1917 à la période soviétique, jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Ils n’ont pas survécu au siège de 872 jours du siège de Leningrad, le nom que portait alors la ville (jusqu’en 1991), où il n’y avait de nourriture pour personne, encore moins pour les chats.

Renaissance et organisation actuelle
Au sortir de la guerre, les souris ayant profité du contexte pour proliférer, les autorités léningradoises ont de nouveau fait appel aux chats pour y remédier. Aujourd’hui, environ 60 à 70 chats vivent dans les sous-sols et les cours du musée, formant une véritable institution au sein de l’institution. Leur présence est si importante que le musée dispose d’un « service félin » dirigé par une responsable dédiée, qui supervise leur bien-être et leur organisation.
Les chats bénéficient d’un véritable système de prise en charge :
- Un budget annuel est alloué à leur entretien
- Une équipe de soigneurs bénévoles s’occupe de leur alimentation et de leurs soins
- Des espaces dédiés leur sont réservés dans les sous-sols
- Un service vétérinaire assure leur suivi médical
- Un programme de stérilisation contrôle leur population
Une vie bien organisée
Les félins de l’Ermitage ne sont pas de simples chats errants. Chacun possède un passeport et une puce électronique, et leur population est strictement régulée. Ils disposent de véritables « appartements » dans les sous-sols du musée, équipés de paniers, de griffoirs et d’aires de jeux. Leur territoire est divisé en zones, chaque chat ayant son espace attitré pour éviter les conflits.
Les chats ne se promènent pas dans les salles d’exposition – leur rôle se cantonne aux sous-sols et aux cours intérieures, où ils continuent d’exercer leur fonction première : la chasse aux rongeurs. Leur présence est si efficace que le musée n’a pratiquement jamais besoin de recourir à des moyens chimiques pour lutter contre les nuisibles.

Une attraction touristique
Au fil des années, les chats de l’Ermitage sont devenus une véritable attraction touristique. Le musée organise même une « Journée des Chats de l’Ermitage » chaque printemps, permettant aux visiteurs de rencontrer ces gardiens félins dans leurs quartiers habituellement fermés au public. Cette journée est aussi l’occasion de sensibiliser le public à la protection animale et parfois même de proposer des adoptions.
Les chats sont devenus de véritables ambassadeurs du musée, avec leurs propres produits dérivés dans la boutique de souvenirs : cartes postales, calendriers et même peluches à leur effigie sont proposés aux visiteurs. Leur renommée est telle qu’ils ont fait l’objet de nombreux reportages et documentaires dans le monde entier. Ils ont aussi un site web qui leur est dédié.
Un modèle de protection animale
Le programme de gestion des chats de l’Ermitage est devenu un modèle en matière de protection animale urbaine. Le musée collabore avec des associations de protection des animaux et participe à des programmes d’adoption pour les chats surnuméraires. Les candidats à l’adoption sont soigneusement sélectionnés, et le musée maintient un suivi des chats adoptés.
Cette approche humaniste de la gestion d’une population féline urbaine démontre qu’il est possible de concilier patrimoine culturel et protection animale. Les chats de l’Ermitage sont ainsi devenus un symbole de la coexistence harmonieuse entre l’homme et l’animal dans un cadre prestigieux.
Les chats du Musée de l’Ermitage représentent bien plus qu’une simple curiosité touristique. Ils sont les gardiens d’une tradition séculaire, les protecteurs d’un patrimoine culturel inestimable et les symboles d’une histoire riche et complexe. Leur présence rappelle que même dans les institutions les plus prestigieuses, la nature et la culture peuvent coexister harmonieusement, enrichissant mutuellement l’expérience des visiteurs et la vie du musée. Alors, si vous avez l’occasion de visiter ce magnifique musée, n’oubliez pas de jeter un coup d’œil aux cours intérieures : vous pourriez bien apercevoir l’un de ces félins majestueux, veillant silencieusement sur les trésors de l’Ermitage.






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